L’hydroxyméthylfurfural est l’empreinte que la chaleur laisse dans le miel. Il nous dit si un pot a été forcé, précipité ou mal conservé. Un chiffre bas vaut de l’or, mais il ment parfois. Voici un guide honnête de l’analyse la plus importante et la plus mal comprise du secteur.
Ce qu’est exactement le HMF
Le 5-hydroxyméthylfurfural (HMF) est un composé organique qui se forme lorsque les sucres du miel, surtout le fructose, se déshydratent en milieu acide. Le miel réunit les trois conditions parfaites pour que cela se produise : il est acide (pH 3,5 à 4,5), il est chargé de fructose et il contient très peu d’eau libre.
Dans un miel tout juste extrait et conservé au froid, la concentration est pratiquement nulle. À partir de là, elle ne fait que monter. Elle ne baisse jamais. C’est précisément cette irréversibilité qui en fait un indicateur utile : le HMF ne mesure pas la qualité dans l’abstrait, il mesure l’histoire thermique accumulée. C’est un chronomètre chimique qui enregistre chaque heure passée par ce miel au-dessus de la température de la ruche.
Trois façons de faire monter le HMF
Pasteurisation. Chauffer à 70 ou 80 °C pendant quelques minutes pour retarder la cristallisation et faciliter la filtration. C’est la voie la plus rapide.
Liquéfaction des cuves. Chauffer des fûts cristallisés pour pouvoir les conditionner. Moins agressif, mais répété sur des mois.
Temps et stockage. Sans chaleur ajoutée, un miel conservé à 25 ou 30 °C voit son HMF monter lentement mais sûrement.
Ce que dit la réglementation

La directive 2001/110/CE du Conseil, qui régit le miel dans l’Union européenne, fixe un maximum général de 40 mg/kg de HMF pour le miel mis sur le marché.1 Ses annexes détaillent en outre les autres critères de composition (humidité, sucres, conductivité, acidité libre et activité diastasique) qui définissent légalement le produit.2
La norme prévoit deux exceptions :
- 80 mg/kg pour les miels d’origine tropicale déclarée, parce que le climat accélère naturellement la formation de HMF.
- 15 mg/kg pour les miels à faible teneur enzymatique naturelle, où la marge de tolérance doit être plus étroite.
La norme internationale du Codex Alimentarius maintient des seuils équivalents, de sorte qu’un pot conforme à Bruxelles l’est aussi sur la plupart des marchés d’exportation.3
Une nuance constamment mal interprétée
La limite de 40 mg/kg est un critère de fraîcheur et de bonnes pratiques, non un seuil toxicologique. La dépasser signifie que le miel a été chauffé ou qu’il est vieux ; cela ne signifie pas qu’il est dangereux. L’évaluation des risques publiée par l’EFSA sur le HMF porte spécifiquement sur l’exposition dans les aliments pour abeilles et n’assimile pas la limite commerciale à un risque pour le consommateur.4
Il vaut la peine de le dire clairement car beaucoup d’alarmisme circule : un miel à 45 mg/kg n’est pas toxique. C’est, tout simplement, un miel qui a vu de la chaleur.
Comment on le mesure
Les méthodes de référence sont rassemblées dans les Harmonised Methods of the International Honey Commission, le document que la plupart des laboratoires européens prennent comme base.5 Il prévoit deux voies principales :
Spectrophotométrie (méthode White). Moins chère et plus rapide. Elle mesure l’absorbance à 284 et 336 nm. Suffisante pour un contrôle de routine.
HPLC, chromatographie liquide haute performance. Plus coûteuse, plus précise, et celle qui est exigée en cas de litige commercial ou de résultat proche de la limite.
Le HMF ne voyage jamais seul
Un rapport sérieux ne donne pas un seul chiffre. À côté du HMF on mesure l’activité diastasique, qui reflète les enzymes que l’abeille apporte au miel et que la chaleur détruit. La Commission internationale du miel décrit deux procédures, la classique de Schade et la méthode Phadebas, avec une bonne corrélation entre elles.5
C’est la combinaison des deux paramètres qui renseigne vraiment :
- HMF bas + diastase élevée : miel frais, non forcé. Ce que l’on recherche.
- HMF élevé + diastase basse : chaleur, ou des années de stockage. Cohérent, et mauvais signe.
- HMF bas + diastase basse : la combinaison qui oblige à poser des questions : elle peut indiquer un miel naturellement pauvre en enzymes, ou un mélange avec des sirops.
Quand le chiffre trompe
Un HMF très bas ne signifie pas toujours l’excellence. Il existe au moins trois cas où la donnée, isolée, induit en erreur.
1. Miels naturellement pauvres en enzymes
Certaines floraisons produisent des miels à diastase basse dès l’origine, sans le moindre mauvais traitement. C’est pourquoi la norme prévoit cette limite particulière de 15 mg/kg.
2. Des mélanges qui font la moyenne
Un lot industriel peut combiner un miel très vieux avec un autre tout juste récolté et atterrir sur une moyenne acceptable. Le chiffre est conforme ; le produit n’est pas ce qu’il paraît.
3. Origine botanique non vérifiée
L’analyse physicochimique ne dit pas de quelle fleur vient le miel. Cela, c’est la mélissopalynologie qui le résout : le comptage et l’identification des grains de pollen de l’échantillon, dont les méthodes harmonisées sont la norme de référence.6 Des travaux combinant profil pollinique et propriétés physicochimiques montrent à quel point les deux couches se complètent.7
Si un miel a été ultrafiltré, ce pollen n’est plus là, et la déclaration florale cesse d’être vérifiable.
Ce que vous pouvez faire chez vous

Vous ne pouvez pas mesurer le HMF sans laboratoire, mais vous pouvez éviter de le faire monter :
- Conservez-le entre 14 et 20 °C, à l’obscurité et le pot bien fermé. La chaleur d’une cuisine en été est le pire ennemi.
- Ne le chauffez jamais au micro-ondes. Il dépasse 60 °C en quelques secondes et de façon inégale.
- S’il cristallise, bain-marie en dessous de 40 °C. Avec patience et en remuant.
- Ne l’ajoutez pas à des infusions bouillantes. Attendez que le liquide descende sous 40 °C.
Différents travaux ont documenté l’augmentation du HMF pendant un stockage prolongé, et la température en est la variable dominante.8
Ce que nous exigeons de nous
Chez Melisa nous analysons chaque lot avant de le conditionner et nous publions le code sur l’étiquette. Notre critère interne est plus strict que le critère légal, parce que nous travaillons par extraction à froid et sans pasteuriser : si l’un de nos miels s’approchait de la limite de 40 mg/kg, quelque chose aurait failli dans la chaîne.
Ce n’est pas une promesse marketing. C’est, tout simplement, ce que signifie ne pas chauffer le miel, et accepter en échange qu’il cristallise plus tôt, que la filtration soit plus lente et que le rendement par heure d’atelier soit moins bon.
Références
- Consejo de la Unión Europea (2001). Directiva 2001/110/CE del Consejo, de 20 de diciembre de 2001, relativa a la miel. Diario Oficial de las Comunidades Europeas, L 10, 47–52. https://eur-lex.europa.eu/legal-content/ES/TXT/?uri=CELEX%3A32001L0110
- Consejo de la Unión Europea (2001). Directiva 2001/110/CE, Anexo II: criterios de composición de la miel. Legislation.gov.uk (EU retained law). https://www.legislation.gov.uk/eudr/2001/110/annex/II
- FAO & OMS (2022). Standard for Honey (CXS 12-1981, rev. 2022). Codex Alimentarius Commission, Roma. https://www.fao.org/fao-who-codexalimentarius/codex-texts/list-standards/en/
- EFSA Panel on Additives and Products or Substances used in Animal Feed (2022). Risks for animal health related to the presence of hydroxymethylfurfural (HMF) in feed for honey bees. EFSA Journal, 20(4), e07227. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC9019825/
- Bogdanov, S., Martin, P. & Lüllmann, C. (International Honey Commission) (2009). Harmonised methods of the International Honey Commission. IHC Platform, Swiss Bee Research Centre. https://www.ihc-platform.net/ihcmethods2009.pdf
- Von Der Ohe, W., Persano Oddo, L., Piana, M. L., Morlot, M. & Martin, P. (2004). Harmonized methods of melissopalynology. Apidologie, 35(S1), S18–S25. https://www.academia.edu/121979867/Harmonized_methods_of_melissopalynology
- Tafere, D. A., et al. (2020). Melissopalynology and antioxidant properties used to differentiate Schefflera abyssinica and polyfloral honey. PLOS ONE, 15(10), e0240868. https://journals.plos.org/plosone/article?id=10.1371%2Fjournal.pone.0240868
- Eurofins Scientific (2023). HMF in honey — why do we test for it?. Eurofins Food Testing, technical note. https://www.eurofins.in/food-testing/blog/hmf-in-honey/
